Comment un enfant apprend-il à observer, à comparer, à raisonner ? Le développement cognitif de l’enfant ne dépend pas seulement de son âge ou de son bagage biologique. Pour Reuven Feuerstein, il dépend aussi de la qualité des interactions avec les adultes qui l’entourent. Cet article présente les grandes étapes du développement cognitif, l’apport de la méthode Feuerstein et des pistes concrètes pour stimuler la pensée de l’enfant, au quotidien comme avec le PEI Basic, pour les enfants dès 3 ans.
Qu’est-ce que le développement cognitif de l’enfant ?
Le développement cognitif désigne la construction progressive des capacités qui permettent de connaître le monde : percevoir, porter attention, mémoriser, utiliser le langage, raisonner, résoudre des problèmes. On parle aussi de développement intellectuel. Il commence dès la naissance et se poursuit tout au long de l’enfance et de l’adolescence.
Les quatre stades décrits par Jean Piaget
Le psychologue suisse Jean Piaget a décrit ce développement en quatre grands stades, aux âges indicatifs :
- Le stade sensori-moteur (de la naissance à 2 ans environ) : l’enfant découvre le monde par ses sens et ses gestes, et comprend peu à peu qu’un objet existe même quand il ne le voit plus.
- Le stade préopératoire (de 2 à 7 ans environ) : le langage et le jeu symbolique se développent, mais la pensée reste centrée sur le point de vue de l’enfant.
- Le stade des opérations concrètes (de 7 à 11 ou 12 ans environ) : l’enfant devient capable de classer, de sérier et de raisonner logiquement sur des objets concrets.
- Le stade des opérations formelles (à partir de 11 ou 12 ans) : le raisonnement abstrait et les hypothèses deviennent possibles.
D’autres chercheurs ont insisté sur la place des relations. Lev Vygotski a montré qu’un enfant réussit avec l’aide d’un adulte des tâches qu’il ne sait pas encore faire seul : c’est la zone proximale de développement. Feuerstein va plus loin dans cette direction. Nous détaillons les idées de Vygotsky et ce qui les rapproche de la médiation dans un article dédié.
Ce que la méthode Feuerstein change dans la lecture du développement
Reuven Feuerstein a travaillé avec Jean Piaget, mais il a jugé sa conception trop limitative sur un point : les capacités de l’enfant ne sont pas enfermées dans des périodes fixes. Sa théorie de la modifiabilité cognitive structurelle affirme que la manière de penser peut évoluer à tout âge.
Feuerstein distingue deux façons d’apprendre. La première est l’exposition directe aux stimulations : l’enfant regarde, touche, essaie. La seconde est l’expérience d’apprentissage médiatisé : un adulte s’interpose entre l’enfant et le monde. Il choisit ce qui mérite l’attention, l’organise, le nomme et lui donne du sens. Là où Piaget décrivait une relation entre le stimulus, l’organisme et la réponse, Feuerstein ajoute un humain, le médiateur, avant et après l’organisme.
Pour lui, un développement intellectuel insuffisant s’explique souvent par un manque de médiation, et non par une limite définitive. Un handicap, une maladie ou un contexte difficile peuvent bloquer le passage de la médiation. Le rôle de l’adulte est alors de trouver d’autres chemins pour la rétablir. Nous détaillons cette posture dans notre article sur le rôle du médiateur.
Les fonctions cognitives en jeu
Feuerstein décrit l’acte mental en trois phases. Observer à quelle phase l’enfant rencontre une difficulté permet de mieux l’aider.
- L’entrée de l’information : percevoir clairement, explorer de façon organisée plutôt qu’au hasard, se repérer dans l’espace et le temps, recueillir plusieurs informations à la fois.
- L’élaboration : définir le problème, comparer, choisir les informations utiles, planifier, faire des liens entre les éléments.
- La sortie de la réponse : exprimer une réponse précise, sans précipitation, avec des mots adaptés.
Un enfant qui répond trop vite ou qui ne regarde qu’une partie d’une image n’est pas forcément « moins intelligent ». Il lui manque peut-être une stratégie que l’on peut lui apprendre.
Comment stimuler le développement cognitif de l’enfant ?
On parle parfois d’optimisation cognitive pour désigner ce travail. Chez Feuerstein, il passe d’abord par la façon dont l’adulte interagit avec l’enfant. La méthode décrit 12 critères de médiation. Plusieurs se traduisent en gestes simples, à la maison comme en classe.
Donner une intention et vérifier qu’elle est partagée
Avant une activité, dites clairement à l’enfant ce que vous allez faire ensemble et assurez-vous qu’il est attentif. C’est le critère d’intentionnalité et de réciprocité : sans attention partagée, il n’y a pas de médiation.
Donner du sens
Expliquez pourquoi une chose compte : « On range les crayons par couleur pour les retrouver plus vite. » L’enfant apprend que les actions ont une raison et qu’il peut la chercher lui-même.
Relier à d’autres situations
Après une réussite, demandez : « Où pourrais-tu encore faire comme ça ? » Ce lien avec d’autres contextes, que Feuerstein appelle la transcendance, aide l’enfant à transférer une stratégie au lieu de la limiter à un exercice.
Freiner l’impulsivité
Invitez l’enfant à tout regarder avant de répondre, à dire ce qu’il compte faire, puis à vérifier. Cette régulation du comportement améliore souvent la précision plus que n’importe quelle répétition.
Valoriser la démarche plutôt que le résultat
Nommez ce qu’il a bien fait : « Tu as comparé les deux dessins avant de choisir. » Le sentiment de compétence vient de la conscience de ses propres stratégies, ce qui relève de la métacognition.
Proposer des défis à sa mesure
Une tâche trop facile n’apprend rien, une tâche trop difficile décourage. Augmentez la complexité par petites étapes et laissez l’enfant constater ses progrès.
Le PEI Basic : un programme structuré dès 3 ans
Ces principes prennent une forme organisée dans le Programme d’Enrichissement Instrumental Basic. Ses 10 instruments, pour la plupart non verbaux, s’utilisent avec des enfants de 3 à 9 ans ou avec des personnes dont le niveau de fonctionnement est plus bas. Ils travaillent l’attention, l’orientation dans l’espace, la comparaison, les premiers concepts, mais aussi l’identification des émotions. Ce travail sur l’espace et la perception rejoint celui des psychomotriciens, à qui nous consacrons un article sur la formation des psychomotriciens.
Le programme poursuit trois objectifs : aider l’enfant à s’adapter à un monde qui change, prévenir les difficultés d’apprentissage chez les enfants à risque et remédier à des fonctionnements déjà installés. Il peut s’inscrire dans une prise en charge plus large en remédiation cognitive chez l’enfant. Pour les plus de 9 ans, le PEI Standard prend le relais.
Ce que la méthode peut apporter, et ses limites
La méthode Feuerstein ne promet pas de « guérir » un trouble ni de faire grimper un score. Elle vise des changements dans la manière d’apprendre : plus d’attention, plus d’organisation, moins d’impulsivité, une meilleure autonomie. Les effets dépendent de la régularité des séances, de la formation du médiateur et du profil de l’enfant. Pour un enfant suivi par des professionnels de santé, elle complète leur travail sans le remplacer. Nous faisons le point sur la recherche dans notre article méthode Feuerstein : avis, efficacité et limites.
Se former pour accompagner le développement cognitif des enfants
Enseignant, éducateur, professionnel de santé ou parent, vous pouvez apprendre à utiliser ces outils. Le C.F.R.C.P propose une formation au PEI Basic à distance, accessible partout en France et animée en direct par une formatrice agréée de l’Institut Feuerstein. Les prochaines dates sont en cours de programmation : préinscrivez-vous pour vous former au PEI Basic et nous vous tiendrons informé.