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Parents, enseignants ou professionnels, vous avez entendu parler de la méthode Feuerstein et vous vous demandez si elle tient ses promesses. Les avis sont souvent enthousiastes sur le terrain, plus nuancés dans la recherche. Cet article fait le point sur ce que l’on sait de l’efficacité de la méthode Feuerstein, sur ses atouts, sur ses limites et sur les profils pour lesquels elle est le plus pertinente.

Ce que la méthode Feuerstein cherche à améliorer

Pour juger une méthode, il faut savoir ce qu’elle vise. La méthode Feuerstein ne cherche pas d’abord à faire progresser une note en français ou en mathématiques. Elle vise la manière d’apprendre : observer avec précision, comparer, planifier, contrôler son impulsivité, exprimer une réponse claire, transférer une stratégie d’une situation à l’autre.

Elle repose sur la théorie de la modifiabilité cognitive structurelle de Reuven Feuerstein et sur la médiation d’un adulte formé. Son outil principal, le Programme d’Enrichissement Instrumental (PEI), se pratique en séances régulières, en individuel ou en groupe, sur plusieurs mois ou plusieurs années.

Exemples d’exercices de la méthode Feuerstein

Les exercices de la méthode Feuerstein sont regroupés en instruments : des cahiers papier-crayon dont chaque page propose une tâche un peu plus complexe que la précédente. Chaque instrument cible des fonctions cognitives précises. Voici les principaux, présentés par leur nom et leur objectif, sans reproduire les pages elles-mêmes.

Les instruments du PEI Standard

  • Organisation de points : retrouver des figures géométriques dans un nuage de points et les relier. L’exercice travaille la perception précise, la planification et le contrôle de l’impulsivité. Ce contrôle de l’impulsivité correspond à ce que les psychologues appellent l’inhibition cognitive.
  • Orientation spatiale 1 et 2 : se repérer dans l’espace, d’abord par rapport à soi ou à un personnage (devant, derrière, gauche, droite), puis avec des repères fixes comme les points cardinaux.
  • Comparaisons : dégager les ressemblances et les différences entre deux éléments selon des critères explicites (forme, taille, nombre, direction…).
  • Classifications : regrouper des éléments selon un critère, puis changer de critère. L’instrument montre aussi comment classer aide à mémoriser.
  • Perception analytique : décomposer un ensemble en parties, puis le reconstituer, pour passer de l’analyse à la synthèse.
  • Illustrations : analyser des dessins de situations pour repérer un problème, en chercher les causes et anticiper la suite.
  • Consignes : lire, comprendre et exécuter une consigne, puis en formuler une soi-même avec un langage précis.
  • Relations temporelles et Relations familiales : organiser les notions de temps (ordre, durée, simultanéité) et les liens de parenté, deux systèmes de relations du quotidien.
  • Progressions numériques : découvrir la règle qui organise une suite et la prolonger.
  • Relations transitives et Syllogismes : tirer une conclusion à partir de relations ou de prémisses données, c’est-à-dire raisonner de façon logique.
  • Pochoirs : reproduire un modèle en superposant mentalement des pochoirs dans le bon ordre, ce qui mobilise la représentation mentale et la planification.

Les instruments du PEI Basic

Pour les enfants dès 3 ans, le PEI Basic adapte certains de ces outils (Organisation de points Basic, Orientation spatiale Basic) et en ajoute d’autres, comme De l’unité au groupe, qui prépare aux notions de quantité, Tri Channel, qui associe plusieurs canaux de perception, ou De l’empathie à l’action, qui aide l’enfant à identifier les émotions.

Dans tous les cas, l’exercice ne suffit pas. C’est le dialogue avec le médiateur, avant, pendant et après la tâche, qui permet de prendre conscience de sa stratégie et de la transférer à l’école ou au quotidien. Les cahiers ne sont pas diffusés en libre accès : ils sont remis aux participants des formations. Si vous cherchez la méthode Feuerstein en PDF, les programmes détaillés de nos formations sont téléchargeables sur la page formation à la méthode Feuerstein.

La méthode Feuerstein est-elle efficace ? Ce que dit la recherche

Le PEI est étudié depuis plusieurs décennies, dans de nombreux pays. Les premières évaluations, menées en Israël par l’équipe de Feuerstein auprès d’adolescents en difficulté, ont rapporté des progrès sur des tests d’intelligence non verbale.

Une méta-analyse publiée en 2001 par Romney et Samuels, qui regroupe des dizaines d’études, conclut à des effets positifs mais modérés. Ils sont plus nets sur les capacités de raisonnement non verbal que sur les résultats scolaires, et plus marqués quand le programme est appliqué longtemps.

En France, une étude conduite auprès d’adultes faiblement qualifiés en formation (Loarer, Lautrey, Huteau et Chartier, revue Enfance, 1995) a évalué le PEI dans un contexte de formation professionnelle. Les travaux français sur l’éducation cognitive soulignent un point important : les gains observés sur des tests ne se transfèrent pas automatiquement aux apprentissages.

En résumé, la recherche ne fait pas de la méthode Feuerstein une solution miracle. Elle montre des effets réels, dont l’ampleur dépend de la durée d’application, de la qualité de la médiation et du travail fait pour relier les exercices à la vie scolaire ou quotidienne. D’autres approches populaires reposent sur des bases plus fragiles, comme la théorie de Gardner réduite à des profils d’élèves, ou les idées reçues sur le cerveau qui circulent dans les écoles.

Les atouts de la méthode Feuerstein

  • Un regard qui ne fige pas la personne : le diagnostic ou le niveau mesuré devient un point de départ et non une étiquette.
  • Un travail sur les stratégies : la personne prend conscience de sa façon de faire et apprend à l’ajuster, ce qui développe la métacognition.
  • Des outils structurés : les instruments du PEI sont progressifs et ciblent des fonctions cognitives précises.
  • Un large public : le PEI Basic s’utilise dès 3 ans, le PEI Standard avec les plus de 9 ans, les adultes et les seniors.
  • Un effet sur la confiance : en mettant l’accent sur la démarche plutôt que sur l’échec, la méthode aide souvent la personne à reprendre confiance dans sa capacité à apprendre.

Les limites et les critiques

  • Un postulat de départ : l’idée que tout être humain est modifiable relève d’une conviction, que Feuerstein assumait comme telle.
  • Le transfert n’est pas garanti : sans un travail explicite de lien avec la classe ou le quotidien, les progrès restent parfois cantonnés aux exercices.
  • Un investissement en temps : les effets demandent des séances régulières sur la durée, ce qui peut freiner son usage à grande échelle.
  • Une forte dépendance au médiateur : la même fiche peut produire des effets très différents selon la formation et la posture de l’adulte.
  • Des études hétérogènes : publics, durées et mesures varient beaucoup, ce qui rend les comparaisons difficiles.

Nous revenons sur ces points du côté de la théorie dans notre article sur les avantages et inconvénients de la théorie de Feuerstein.

Pour quels profils la méthode Feuerstein est-elle adaptée ?

La méthode est utilisée avec des publics très différents :

  • des enfants et des adolescents qui ont des difficultés d’apprentissage, d’attention ou d’organisation ;
  • des enfants et des adultes en situation de handicap, par exemple avec une trisomie 21, une déficience intellectuelle ou un trouble du spectre de l’autisme ;
  • des élèves sans difficulté particulière, pour renforcer leur autonomie ;
  • des adultes en formation, en reconversion ou en réinsertion, et des seniors qui veulent entretenir leurs capacités.

Pour l’autisme comme pour les autres troubles du neurodéveloppement, la méthode Feuerstein n’est pas un traitement. Elle peut compléter l’accompagnement proposé par les équipes de soin, sans le remplacer. Le choix se fait au cas par cas, en lien avec les professionnels qui suivent la personne. Pour des exemples concrets, consultez notre article sur les exemples d’application du PEI.

Comment se forger son propre avis

Avant de choisir un accompagnement ou une formation, quelques questions aident à y voir clair :

  • Le praticien a-t-il été formé au PEI par un formateur agréé de l’Institut Feuerstein ?
  • Quels objectifs précis sont fixés, et comment seront-ils évalués ?
  • À quel rythme et sur quelle durée les séances sont-elles prévues ?
  • Comment le travail est-il relié à l’école, au travail ou à la vie quotidienne ?
  • Comment s’articule-t-il avec les autres prises en charge en cours ?

Si vous êtes professionnel, le plus sûr moyen de juger la méthode reste de la vivre de l’intérieur. Les formations du C.F.R.C.P, suivies à distance en direct avec la formatrice, commencent par une mise en situation qui permet à chacun de faire l’expérience de la modifiabilité cognitive. Une question sur la méthode, ses indications ou nos formations ? Posez vos questions à notre formatrice.

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