Dans une même classe, certains élèves lisent couramment quand d’autres déchiffrent encore. La différenciation pédagogique part de ce constat : un enseignement identique pour tous ne produit pas les mêmes apprentissages chez tous. Elle consiste à varier les chemins pour que chaque élève atteigne les objectifs communs de la classe. Elle avance souvent avec une autre démarche, la remédiation pédagogique, qui intervient quand une difficulté est déjà repérée. Les deux se complètent, mais elles ne se confondent pas.
Qu’est-ce que la différenciation pédagogique ?
La différenciation pédagogique (on parle aussi de pédagogie différenciée) est une manière d’organiser l’enseignement qui tient compte des écarts entre les élèves : rythme, connaissances déjà acquises, façon de traiter l’information, besoins particuliers. L’objectif reste le même pour toute la classe. Ce sont les supports, les démarches, l’accompagnement ou les productions demandées qui changent.
Le terme s’est diffusé en France à partir des années 1970, avec les travaux de Louis Legrand, puis de Philippe Meirieu. Le Cnesco lui a consacré une conférence de consensus en 2017, signe que la question reste vive dans les écoles : comment faire progresser des élèves très différents sans renoncer aux mêmes exigences ?
Les leviers de la différenciation en classe
On distingue généralement quatre leviers. Un enseignant peut en actionner un seul ou plusieurs à la fois.
- Les contenus et les supports : un même texte proposé en version courte ou longue, un problème de mathématiques avec ou sans schéma, du matériel à manipuler pour ceux qui en ont besoin.
- Les démarches : certains élèves avancent mieux en groupe, d’autres seuls ; certains ont besoin d’étapes explicites, d’autres d’une tâche ouverte.
- Les productions : l’élève peut montrer ce qu’il a compris par un écrit, un oral, un schéma ou une manipulation.
- L’organisation de la classe : groupes de besoin, ateliers tournants, tutorat entre pairs, temps de travail autonome pendant que l’enseignant accompagne un petit groupe.
Meirieu distingue aussi la différenciation simultanée, où les élèves font des activités différentes au même moment, et la différenciation successive, où l’enseignant alterne les approches dans le temps pour que chacun trouve celle qui lui convient.
Différenciation et remédiation : quelle différence ?
La différence tient surtout au moment où l’on agit. La différenciation se prépare en amont : l’enseignant anticipe la diversité de sa classe et prévoit plusieurs voies d’accès au même savoir. La remédiation vient après : une évaluation, une observation ou une erreur récurrente montre qu’un élève n’a pas acquis une notion, et l’on met en place une aide ciblée pour lever ce blocage.
La remédiation pédagogique va plus loin que la simple reprise de la leçon. Elle cherche à comprendre pourquoi l’élève bloque : manque de méthode, consigne mal comprise, fonction cognitive fragile (attention, comparaison, organisation des informations). Le pilier « remédiation pédagogique » de notre site détaille cette approche, inspirée des travaux de Reuven Feuerstein sur la médiation et la métacognition.
Dans la pratique, les deux démarches s’alimentent. Une remédiation réussie apprend à l’enseignant quelque chose sur le fonctionnement de l’élève, qu’il pourra réutiliser pour différencier la séance suivante. Une classe bien différenciée, de son côté, réduit le nombre d’élèves qui auront besoin d’une remédiation.
Comment différencier sans s’épuiser ?
La crainte la plus fréquente chez les enseignants est de devoir préparer autant de séances que d’élèves. Ce n’est pas le but. Quelques principes rendent la différenciation tenable au quotidien.
Partir d’une évaluation diagnostique
Avant une nouvelle notion, une courte évaluation montre ce que les élèves savent déjà. Elle permet de former deux ou trois groupes de besoin plutôt que de deviner. C’est la même logique que pour la remédiation au primaire, où l’évaluation sert de point de départ.
Garder un objectif commun
Différencier ne veut pas dire baisser le niveau pour certains. Tous les élèves visent la même compétence ; seuls l’étayage et le chemin changent. Doser cette aide, puis la retirer peu à peu, est le principe de l’étayage décrit par Bruner. Sans ce cap commun, on risque d’enfermer les élèves en difficulté dans des tâches plus simples, qui creusent l’écart au lieu de le réduire.
Rendre les élèves acteurs
Des fiches d’aide en libre accès, des outils d’autocorrection ou des plans de travail permettent aux élèves de choisir le niveau d’aide dont ils ont besoin. L’enseignant se rend ainsi disponible pour ceux qui ont besoin d’un accompagnement direct. Les outils numériques pédagogiques peuvent aider, à condition de rester au service de l’objectif fixé.
Observer la façon dont l’élève apprend
Un élève qui échoue à un exercice ne manque pas forcément de connaissances. Il peut avoir lu trop vite, ne pas savoir par où commencer, ou ne pas faire le lien avec ce qu’il sait déjà. Questionner l’élève sur sa démarche (« comment as-tu fait ? », « qu’est-ce qui t’a aidé ? ») donne des indications précieuses pour différencier. C’est le cœur de la posture de médiation travaillée dans nos formations.
Différenciation et élèves à besoins éducatifs particuliers
Pour les élèves en situation de handicap, avec un trouble des apprentissages (dyslexie, dyscalculie, TDAH) ou un haut potentiel, la différenciation est souvent formalisée dans un plan d’accompagnement. Elle ne remplace pas ces dispositifs, mais elle facilite leur mise en œuvre dans la classe ordinaire. Notre article sur les élèves à besoins éducatifs particuliers présente l’apport de la remédiation cognitive dans ce cadre.
Dans l’enseignement spécialisé (ULIS, SEGPA, IME, ITEP), la différenciation est la règle plus que l’exception. Les enseignants et éducateurs y gagnent à disposer d’outils pour observer les processus de pensée de chaque élève, au-delà des seuls résultats.
Se former à la remédiation pédagogique
Le C.F.R.C.P, organisme de formation certifié Qualiopi, forme à distance les enseignants, éducateurs et professionnels de l’apprentissage à la remédiation pédagogique, avec des séances en direct avec la formatrice en visioconférence et du matériel envoyé chez vous. La formation apporte une méthode pour repérer les freins d’apprentissage d’un élève, choisir des outils adaptés et les intégrer dans une séance, en classe ordinaire comme en enseignement spécialisé. Elle se conclut par une épreuve écrite, la rédaction d’un projet de remédiation pédagogique et un oral devant un jury.
Les prochaines dates sont en cours de programmation. Pour être informé en priorité, vous pouvez vous former à la remédiation pédagogique en remplissant notre formulaire de préinscription.