L’enseignement explicite est une façon d’enseigner où l’enseignant montre d’abord comment faire, guide ensuite les élèves pendant qu’ils s’exercent, puis les laisse travailler seuls quand ils maîtrisent. Rien n’est laissé à deviner : l’objectif, les étapes et la stratégie à utiliser sont dits à voix haute. Cette démarche structurée, du simple au complexe, aide surtout les élèves qui ont du mal à repérer seuls ce qu’on attend d’eux. Elle a aussi ses limites, qu’il vaut mieux connaître avant de l’adopter.
Pour un enseignant ou un professionnel de la remédiation pédagogique, la question n’est pas seulement « faut-il enseigner explicitement ? ». Elle est aussi : comment rendre visibles les stratégies qu’un élève en difficulté n’a jamais construites ?
Qu’est-ce que l’enseignement explicite ?
Le mot « explicite » s’oppose à « implicite ». Dans un enseignement implicite, l’élève découvre la règle ou la méthode par lui-même, à partir de situations, d’essais et d’erreurs. Dans un enseignement explicite, l’enseignant annonce ce qu’il faut apprendre, explique pourquoi, puis montre la démarche pas à pas, en verbalisant ce qui se passe dans sa tête.
La recherche anglo-saxonne parle d’explicit instruction. Ses racines remontent aux travaux de Siegfried Engelmann sur la Direct Instruction dans les années 1960 et aux synthèses de Barak Rosenshine sur les pratiques des enseignants efficaces. Rosenshine a résumé ces travaux en dix principes, publiés en 2010 par le Bureau international d’éducation de l’Unesco. En francophonie, Steve Bissonnette, Mario Richard et Clermont Gauthier ont fait connaître l’approche au Québec, puis en France et en Belgique.
En France, le Conseil scientifique de l’Éducation nationale (CSEN) lui a consacré une publication en 2022. L’enseignement explicite y est décrit comme fortement structuré, progressif, avec un objectif d’apprentissage clairement annoncé aux élèves.
Les 3 étapes : modelage, pratique guidée, pratique autonome
On résume souvent la démarche par la formule « je fais, nous faisons, tu fais ». Selon les auteurs, on compte trois, quatre ou cinq phases, car certains ajoutent une ouverture et une clôture. Le cœur reste le même.
Le modelage
L’enseignant réalise la tâche devant les élèves et pense à voix haute : « Je lis l’énoncé une première fois en entier. Je cherche ce qu’on me demande. Je souligne les données utiles. » Les élèves voient la stratégie, pas seulement le résultat. C’est l’étape la plus souvent oubliée, parce qu’un expert ne se rend plus compte de ce qu’il fait automatiquement.
La pratique guidée
Les élèves s’essaient à leur tour, seuls ou en binôme, sur des exercices proches du modèle. L’enseignant circule, pose des questions, demande aux élèves d’expliquer leur démarche et corrige tout de suite les erreurs. Il vérifie la compréhension de tous avant de passer à la suite, souvent avec des ardoises ou des questions courtes.
La pratique autonome
Quand le taux de réussite est élevé, les élèves travaillent seuls. Ils consolident la stratégie, puis la réutilisent dans des contextes un peu différents. Des révisions espacées dans le temps aident à ancrer l’apprentissage.
Autour de ces trois étapes, on trouve souvent une ouverture (annonce de l’objectif, rappel des prérequis) et une clôture ou objectivation, où les élèves disent ce qu’ils ont appris et comment ils s’y sont pris.
Ce que dit la recherche
L’enseignement explicite fait partie des approches les mieux étudiées. Le programme américain Project Follow Through, mené de la fin des années 1960 au milieu des années 1970 auprès d’élèves de milieux défavorisés, a comparé plusieurs modèles pédagogiques : la Direct Instruction d’Engelmann y a obtenu de bons résultats sur les compétences de base. Les synthèses de Rosenshine et les méta-analyses compilées par l’équipe de Bissonnette vont dans le même sens, surtout pour la lecture, le calcul et les élèves en difficulté.
La psychologie cognitive donne une explication : la mémoire de travail est limitée. Un élève novice qui doit à la fois comprendre la consigne, chercher une méthode et l’appliquer sature vite. Lui montrer la démarche libère de l’espace mental pour apprendre.
Limites et débats
L’enseignement explicite ne fait pas l’unanimité, et le débat est utile.
- Il donne ses meilleurs résultats avec les novices. Des chercheurs comme Slava Kalyuga ont décrit un « effet de renversement » : quand l’élève maîtrise déjà, un guidage trop serré peut freiner ses progrès.
- Mal compris, il peut se réduire à un cours magistral suivi d’exercices répétitifs. Philippe Meirieu, dans un entretien aux Cahiers pédagogiques en 2025, met en garde contre une lecture appauvrie de la démarche.
- Roland Goigoux et d’autres chercheurs rappellent qu’on peut être explicite sans renoncer aux situations de recherche : tout dépend de ce qu’on explicite et du moment.
En pratique, beaucoup d’enseignants combinent les deux : une situation-problème pour faire émerger le besoin, puis un temps explicite pour fixer la méthode. La différenciation pédagogique permet ensuite d’ajuster le guidage selon les élèves.
Explicite et remédiation : rendre visibles les stratégies
Un élève en difficulté a rarement un problème de bonne volonté. Souvent, il ne sait pas comment s’y prendre : il lit la consigne trop vite, ne compare pas, ne vérifie pas. Les bons élèves ont construit ces stratégies sans qu’on les leur enseigne. Les autres ont besoin qu’on les rende visibles.
C’est le principe de la remédiation : identifier la stratégie qui manque, la montrer, l’entraîner, puis aider l’élève à la transférer. Au primaire, la remédiation au primaire s’appuie largement sur ce mouvement du modèle vers l’autonomie. La méthode Feuerstein va dans le même sens : le médiateur aide l’élève à mettre des mots sur sa démarche, à planifier, puis à appliquer la stratégie à d’autres situations. Cette prise de conscience de sa propre démarche s’entraîne : voir comment développer la métacognition en classe.
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Se former
Lire sur l’enseignement explicite ne suffit pas toujours pour l’appliquer à un élève qui bloque. La formation en remédiation pédagogique du C.F.R.C.P apprend à repérer l’origine d’une difficulté, à choisir les stratégies à expliciter et à construire une progression adaptée. Elle se suit à distance, avec des séances en direct avec la formatrice, et se termine par une épreuve écrite, un projet et un oral devant un jury. L’organisme est certifié Qualiopi.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que l’enseignement explicite ?
C’est une démarche où l’enseignant annonce l’objectif, montre la stratégie en pensant à voix haute, guide les élèves pendant qu’ils s’exercent, puis les laisse pratiquer seuls quand ils réussissent.
Quelles sont les phases de l’enseignement explicite ?
Les trois phases centrales sont le modelage, la pratique guidée et la pratique autonome. Certains auteurs en comptent quatre ou cinq en ajoutant une ouverture (objectif, prérequis) et une clôture (ce qu’on a appris et comment).
Quels sont les principes de la pédagogie explicite ?
Aller du simple au complexe, annoncer l’objectif, verbaliser les stratégies, vérifier souvent la compréhension, corriger les erreurs rapidement et revenir régulièrement sur les notions apprises.
Enseignement explicite ou implicite : lequel choisir ?
L’explicite est plus efficace pour les novices et les élèves en difficulté. L’implicite a sa place quand les élèves ont déjà des bases solides. Les deux se combinent bien dans une même séquence.
Pour aller plus loin
L’enseignement explicite repose sur une idée simple : ce qui est évident pour l’enseignant ne l’est pas pour l’élève. Le montrer, le guider, puis le laisser faire seul est souvent ce qui manque aux élèves qui décrochent. Pour apprendre à le faire avec des élèves en difficulté, découvrez la formation en remédiation pédagogique à distance ou préinscrivez-vous. Une question ? Utilisez le formulaire ci-dessous ou appelez le 07 67 87 60 22.
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