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La dyssynchronie désigne le décalage entre les différents rythmes de développement d’un enfant à haut potentiel intellectuel (HPI). Son intelligence avance plus vite que sa motricité, ses émotions ou ses relations avec les enfants de son âge. Le psychologue Jean-Charles Terrassier a proposé ce concept à la fin des années 1970. Il ne s’agit pas d’une maladie, mais d’une grille de lecture pour comprendre certaines difficultés de ces enfants.

À l’école, ce décalage peut se traduire par de l’ennui, une absence de méthode ou un rapport compliqué à l’effort. La remédiation cognitive offre des pistes concrètes pour aider l’enfant à apprendre à apprendre.

Dyssynchronie : définition

Jean-Charles Terrassier, psychologue français spécialiste des enfants intellectuellement précoces, a décrit le « syndrome de dyssynchronie » dans un article publié en 1979 dans la revue Neuropsychiatrie de l’enfance et de l’adolescence. Il observait que ces enfants ont souvent un développement affectif et psychomoteur conforme à leur âge, alors que leur développement intellectuel est en avance.

Ce décalage interne se double d’un décalage avec l’entourage. L’école, les camarades et parfois la famille attendent de l’enfant un comportement conforme à son âge, alors que ses intérêts et ses questions sont ceux d’un enfant plus âgé. Terrassier parlait alors de dyssynchronie sociale.

Le concept est descriptif. Il ne figure pas dans les classifications médicales comme le DSM-5 ou la CIM-11 et ne correspond à aucun diagnostic. Tous les enfants HPI ne vivent pas une dyssynchronie marquée.

Les formes de dyssynchronie

La dyssynchronie interne

  • Entre intelligence et psychomotricité : l’enfant pense vite, mais sa main ne suit pas. Il sait ce qu’il veut écrire et peine à le tracer, d’où une écriture laborieuse ou un rejet de l’écrit.
  • Entre intelligence et affectivité : il peut raisonner sur la mort ou la guerre avec finesse, sans avoir la maturité émotionnelle pour gérer l’angoisse que ces sujets suscitent.
  • Au sein de l’intelligence elle-même : le raisonnement peut être très en avance sur d’autres compétences, comme le langage écrit.

La dyssynchronie sociale

  • Avec l’école : le rythme de la classe, pensé pour la majorité, lui paraît lent. L’enfant décroche ou s’agite.
  • Avec les camarades : il cherche des amis qui partagent ses centres d’intérêt et se tourne parfois vers des enfants plus âgés ou vers les adultes.
  • Avec la famille : les parents peuvent être déroutés par un enfant qui argumente comme un adulte et pleure comme un enfant de son âge.

À l’école : ennui, méthode et rapport à l’effort

Beaucoup d’enfants à haut potentiel comprennent vite au primaire, souvent sans avoir à s’entraîner. Le risque apparaît plus tard. Ils n’ont pas appris à travailler, à mémoriser, à organiser une révision. Quand les apprentissages deviennent plus exigeants, au collège ou au lycée, ils se retrouvent sans méthode.

L’effort peut alors être vécu comme une menace : « si je dois travailler, c’est que je ne suis pas si intelligent ». Certains évitent les tâches difficiles, d’autres s’effondrent à la première mauvaise note. La dyssynchronie psychomotrice ajoute une difficulté à l’écrit, mal comprise quand on s’attend à ce qu’un élève brillant écrive vite et proprement.

Des aménagements existent : saut de classe, approfondissement, travail en groupe de besoin, ordinateur pour l’écrit. Ils relèvent des choix de l’équipe pédagogique, en dialogue avec la famille.

Pour l’enseignant, le piège est de juger l’élève sur une seule dimension. Un enfant qui pose des questions très pointues en sciences peut avoir besoin d’aide pour s’organiser, gérer une frustration ou rédiger. Repérer ces écarts permet de lui proposer à la fois des défis intellectuels et un soutien sur ce qui lui coûte.

Jeune enfant dessinant avec application, feutre serré dans la main

Accompagner l’enfant

  • Nommer le décalage. Expliquer à l’enfant que son esprit va vite et que son corps ou ses émotions ont leur propre rythme l’aide à se comprendre.
  • Accueillir ses émotions sans les mesurer à son intelligence. Un enfant qui raisonne comme un adolescent reste un enfant de huit ans quand il a peur.
  • Respecter le geste graphique. Valoriser le contenu, autoriser l’oral ou le clavier quand l’écrit freine la pensée, et proposer si besoin un bilan en psychomotricité ou en ergothérapie.
  • Favoriser les rencontres avec des enfants qui partagent ses intérêts : club, atelier, association.
  • Consulter un psychologue si l’enfant souffre : anxiété, isolement, refus scolaire.

Le rôle des parents est délicat. Ils nourrissent la curiosité de leur enfant sans le pousser à tout prix, et maintiennent des règles adaptées à son âge, même quand il les conteste avec des arguments d’adulte. Un échange régulier avec l’école évite que chacun interprète seul les comportements de l’enfant.

Apprendre à apprendre quand tout a été facile

Pour un enfant qui a toujours compris sans effort, apprendre une méthode peut sembler inutile. Il lui faut donc des tâches qui lui résistent vraiment. C’est l’intérêt des instruments du PEI de Feuerstein : ils mobilisent la précision, la rigueur, la planification et la vérification, des fonctions que l’enfant à haut potentiel a parfois négligées parce que l’intuition lui suffisait.

Le médiateur l’aide à expliciter sa démarche. Comment as-tu trouvé ? Peux-tu le prouver ? Qu’est-ce qui t’aurait permis d’éviter cette erreur ? L’enfant découvre que la réflexion méthodique ne bride pas son intelligence : elle lui donne des outils pour les jours où l’intuition ne suffit plus. Ce travail de prise de conscience relève de la métacognition.

Notre article d’études de cas présente le PEI avec les élèves à haut potentiel, et celui sur la remédiation cognitive chez l’enfant détaille la démarche générale.

Se former

Le PEI Standard s’adresse aux enfants de plus de 9 ans, aux adolescents et aux adultes. Le CFRC forme les professionnels à cet outil ainsi qu’à la remédiation cognitive. Ces formations se suivent à distance, en direct avec Chaya Ghebali, formatrice agréée de l’Institut Feuerstein, avec du matériel envoyé chez vous et des travaux supervisés. L’organisme est certifié Qualiopi. Les prochaines dates sont en cours de programmation.

Questions fréquentes

Comment reconnaître un enfant à haut potentiel ?

Le haut potentiel intellectuel se confirme par un bilan psychologique, avec un test d’intelligence réalisé par un psychologue. Ce bilan donne aussi une idée de l’homogénéité du profil, utile pour repérer une dyssynchronie entre les différentes capacités.

Quels sont les signes d’un enfant avec un HPI ?

Certains signes reviennent souvent : vocabulaire riche, curiosité intense, questions profondes, bonne mémoire, grande sensibilité. Aucun ne suffit à lui seul, et certains enfants HPI ne présentent presque aucun de ces signes. Seul le bilan permet de conclure.

La dyssynchronie aide à comprendre pourquoi un enfant très intelligent peut être en difficulté. Elle invite les adultes à accompagner chaque dimension de son développement à son propre rythme.

Formation à distance, en direct avec Chaya Ghebali, formatrice agréée de l’Institut Feuerstein. Organisme certifié Qualiopi. Une question sur le programme ou le financement ? Écrivez-nous ou appelez le 07 67 87 60 22.

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