Dans la schizophrénie et d’autres troubles psychiques sévères, les difficultés ne se limitent pas aux hallucinations ou aux idées délirantes. Beaucoup de personnes ont aussi du mal à se concentrer, à retenir une information ou à organiser leur journée. Ces troubles cognitifs pèsent lourd sur l’autonomie, les études et l’emploi. La remédiation cognitive a été développée en psychiatrie pour y répondre.
Cet article fait le point sur cette approche : ce qu’elle cible, les programmes utilisés en France, ce que montre la recherche et sa place dans la réhabilitation psychosociale. Pour la définition de la remédiation cognitive en général, et pour son versant éducatif, voyez aussi notre formation en remédiation cognitive.
Cet article est informatif. Il ne remplace pas l’avis d’un psychiatre ou d’une équipe soignante.
Quels sont les symptômes cognitifs de la schizophrénie ?
Les difficultés les plus souvent décrites touchent l’attention, la mémoire de travail et la mémoire verbale, la vitesse de traitement de l’information et les fonctions exécutives (planifier, s’adapter à l’imprévu). S’y ajoute souvent une atteinte de la cognition sociale : reconnaître les émotions sur un visage, comprendre les intentions d’autrui.
Ces troubles sont fréquents et peuvent apparaître avant les premiers symptômes psychotiques. Ils persistent souvent en dehors des périodes de crise. Des déficits comparables, en général moins marqués, sont décrits dans les troubles bipolaires, y compris en période de stabilité. Les traitements médicamenteux actuels agissent peu sur eux, d’où l’intérêt d’une approche spécifique.
Qu’est-ce que la remédiation cognitive en psychiatrie ?
C’est une thérapie psychosociale qui utilise des techniques d’apprentissage pour restaurer les fonctions altérées ou les compenser grâce aux fonctions préservées. Elle s’adresse à des personnes stabilisées sur le plan clinique.
Le parcours suit en général les mêmes étapes :
- un bilan neuropsychologique, complété par un bilan de cognition sociale si besoin, qui relie les difficultés à leurs effets dans la vie quotidienne ;
- la définition d’objectifs concrets avec la personne (reprendre une formation, gérer son budget, suivre une conversation) ;
- des séances individuelles ou en groupe, souvent deux par semaine pendant trois à quatre mois, avec des exercices à faire entre les séances ;
- un travail de transfert vers les situations réelles, parfois avec l’aide d’un proche.
Les séances sont animées par des infirmiers, des psychologues, des neuropsychologues ou des ergothérapeutes formés au programme utilisé.
Les principaux programmes utilisés en France
Programmes centrés sur les neurocognitions
- CRT (Cognitive Remediation Therapy) : programme papier-crayon individuel ciblant l’attention, la mémoire et la planification, sur environ 14 semaines.
- RECOS : programme individuel semi-informatisé, développé par Pascal Vianin au CHUV de Lausanne, qui adapte les exercices aux difficultés relevées au bilan.
- NEAR : programme de groupe semi-informatisé conçu par Alice Medalia (université Columbia), qui mise sur la motivation et les interactions.
- CIRCuiTS : programme informatisé qui travaille aussi la métacognition, c’est-à-dire l’usage conscient de stratégies.
Programmes centrés sur la cognition sociale
RC2S+, développé au centre hospitalier Le Vinatier à Lyon, Gaïa (reconnaissance des émotions faciales) ou SCIT (programme de groupe) visent la compréhension des autres et les interactions sociales.
D’autres approches existent, notamment en éducation. Pour comparer Feuerstein et les autres programmes de remédiation, lisez notre article dédié.
La remédiation cognitive est-elle efficace dans la schizophrénie ?
C’est l’indication la mieux étudiée. La méta-analyse de Til Wykes et de ses collègues (American Journal of Psychiatry, 2011), qui regroupe une quarantaine d’essais, conclut à un effet modéré mais durable sur les performances cognitives et sur le fonctionnement quotidien. L’effet sur la vie quotidienne est plus net quand la remédiation fait partie d’un programme de réhabilitation plus large.
Dans les troubles bipolaires et la dépression, la recherche est plus récente et les résultats encore discutés. Partout, la même limite revient : progresser aux exercices ne suffit pas, il faut organiser le transfert vers la vie réelle. Les programmes récents mettent donc l’accent sur les stratégies et sur des objectifs personnels.
Remédiation cognitive et réhabilitation psychosociale : quelle différence ?
La réhabilitation psychosociale est une démarche de soin globale, orientée vers le rétablissement : aider la personne à retrouver une vie qu’elle juge satisfaisante, avec ses propres projets. Elle mobilise plusieurs outils : psychoéducation, entraînement aux habiletés sociales, soutien à l’emploi, accompagnement des proches. La remédiation cognitive est l’un de ces outils, centré sur la cognition.
Qui propose la remédiation cognitive en psychiatrie ?
En France, elle est surtout proposée dans les services et centres de réhabilitation psychosociale, organisés en réseau avec des centres ressources régionaux. L’orientation passe en général par le psychiatre qui suit la personne.
Et chez l’adulte après une lésion cérébrale ?
Après un traumatisme crânien ou un AVC, on parle plutôt de rééducation ou de réhabilitation cognitive, conduite par des neuropsychologues, des orthophonistes et des ergothérapeutes. Le PEI de Feuerstein est également utilisé auprès d’adultes lésés cérébraux ou en réinsertion : voir notre article sur la réhabilitation cognitive de l’adulte avec le PEI.
Une formation pour les équipes
Le C.F.R.C.P n’est pas un lieu de soin. Il forme les professionnels, à distance et en direct avec la formatrice, aux outils du PEI de Feuerstein, utilisés auprès d’enfants, d’adolescents, d’adultes en réinsertion et de seniors. Vous travaillez en établissement et souhaitez former votre équipe ? Nous contacter pour une formation en établissement.