La gestion mentale et la méthode Feuerstein cherchent toutes deux à aider une personne à mieux apprendre en agissant sur sa façon de penser, plutôt que sur les contenus. La gestion mentale, créée par le pédagogue français Antoine de La Garanderie, part du dialogue avec l’apprenant pour lui faire prendre conscience de ses gestes mentaux. La méthode Feuerstein, élaborée par le psychologue Reuven Feuerstein, repose sur la médiation d’un adulte et sur un programme structuré d’exercices, le Programme d’Enrichissement Instrumental (PEI). Voici un comparatif aussi loyal que possible, pour choisir l’approche qui correspond à votre pratique.
La gestion mentale en bref
Antoine de La Garanderie (1920-2010) était philosophe et pédagogue. À partir des années 1950, il interroge des élèves et des étudiants pour comprendre ce qui se passe dans leur tête quand ils apprennent : se redisent-ils la leçon, la revoient-ils, imaginent-ils qu’ils vont s’en servir ? Le nom « gestion mentale » apparaît au début des années 1980. Ses ouvrages de référence s’intitulent Les profils pédagogiques (1980) et Le dialogue pédagogique avec l’élève (1984).
La démarche repose sur quelques notions clés :
- l’évocation : ce que la personne se représente mentalement, en images visuelles, en mots ou en sons, après avoir perçu une information ;
- le projet de sens : l’intention avec laquelle on aborde une tâche (« je regarde ce schéma pour pouvoir le refaire demain ») ;
- cinq gestes mentaux : l’attention, la mémorisation, la compréhension, la réflexion et l’imagination créatrice ;
- le dialogue pédagogique : un entretien où le praticien aide l’apprenant à décrire ses procédures, sans les juger, pour qu’il les enrichisse.
La gestion mentale est surtout pratiquée par des enseignants, des orthopédagogues, des orthophonistes et des accompagnants scolaires, en France, en Belgique, en Suisse et au Canada. Un Institut international de gestion mentale existe depuis 1993.
La méthode Feuerstein en bref
Reuven Feuerstein (1921-2014), psychologue né en Roumanie, a travaillé en Israël avec des enfants et des adolescents marqués par la guerre et l’exil, souvent jugés inéducables par les tests classiques. Il en a tiré trois éléments :
- la théorie de la modifiabilité cognitive structurelle : l’intelligence n’est pas figée, elle peut changer à tout âge ;
- l’expérience d’apprentissage médiatisé : un médiateur s’interpose entre la personne et la tâche pour l’aider à donner du sens, à généraliser, à prendre conscience de sa démarche ;
- des outils : l’évaluation dynamique LPAD et le PEI, un programme d’exercices papier-crayon appelés instruments (Organisation de points, Orientation spatiale, Comparaisons, Classifications…).
Le PEI existe en deux versions : le PEI Basic, pour les enfants dès 3 ans, avec 10 instruments, et le PEI Standard, pour les enfants de plus de 9 ans, les adolescents et les adultes. Il s’inscrit dans les programmes de remédiation cognitive.
Tableau comparatif
| Gestion mentale | Méthode Feuerstein | |
|---|---|---|
| Origine | Antoine de La Garanderie, France, à partir des années 1950 | Reuven Feuerstein, Israël, à partir des années 1950 |
| Ancrage théorique | Phénoménologie, description des actes de connaissance par le sujet | Psychologie cognitive et du développement, modifiabilité cognitive |
| Principe central | Prendre conscience de ses gestes mentaux et de ses évocations | Médiation pour développer les fonctions cognitives et leur transfert |
| Outil principal | Le dialogue pédagogique | Les instruments du PEI, avec une médiation codifiée |
| Public | Surtout élèves, étudiants et adultes en formation, capables de parler de leur démarche | Enfants dès 3 ans, adolescents, adultes, seniors, y compris avec des difficultés cognitives importantes |
| Matériel | Pas de matériel spécifique, on travaille sur les tâches de la personne | Instruments papier-crayon progressifs, propres au programme |
| Formation | Plusieurs associations et instituts, formations de praticien | Formations PEI délivrées par des formateurs agréés de l’Institut Feuerstein |
Points communs
Les deux approches partagent un postulat optimiste : tout le monde est éducable. Elles s’intéressent au « comment » de l’apprentissage plutôt qu’au résultat, et visent l’autonomie de la personne. Toutes deux accordent une grande place à la parole : en gestion mentale, l’apprenant décrit ce qu’il fait dans sa tête ; dans la méthode Feuerstein, le médiateur amène la personne à verbaliser sa stratégie, à justifier ses réponses et à formuler des principes réutilisables. Enfin, toutes deux sont nées en dehors du laboratoire, dans la pratique avec des élèves.
Différences clés
Partir de la personne ou d’un programme
La gestion mentale part des habitudes mentales existantes de l’apprenant, mises au jour par le dialogue, pour les élargir. La méthode Feuerstein part d’un diagnostic des fonctions cognitives déficientes (par exemple une perception floue, une exploration impulsive, un manque de comparaison spontanée) et propose des exercices construits pour les travailler, avec une progression.
Le rôle du praticien
En gestion mentale, le praticien questionne et révèle. Dans la méthode Feuerstein, le médiateur intervient plus activement : il choisit la tâche, oriente l’attention, fait anticiper, aide à généraliser. Les critères de médiation (intentionnalité et réciprocité, transcendance, signification) encadrent cette intervention.
Les publics
Le dialogue pédagogique suppose que la personne puisse observer et décrire ce qu’elle fait mentalement. C’est plus difficile avec un jeune enfant, une personne avec une déficience intellectuelle ou un trouble du spectre de l’autisme. Le PEI, et en particulier le PEI Basic, a été conçu pour travailler aussi avec ces publics.
Les preuves disponibles
Soyons honnêtes : aucune des deux approches ne dispose d’un corpus de recherche comparable à celui de l’enseignement explicite. La gestion mentale a été peu évaluée par des études contrôlées, et certains chercheurs en sciences cognitives rapprochent ses « profils » visuels ou auditifs des styles d’apprentissage, dont l’efficacité n’est pas démontrée. Ses praticiens répondent qu’elle ne classe pas les élèves et qu’elle décrit des habitudes, par nature évolutives. Le PEI a fait l’objet de davantage d’études, dans plusieurs pays. Une méta-analyse publiée en 2001 par Romney et Samuels conclut à des effets modestes mais réels, plus nets sur le raisonnement non verbal. Les résultats varient beaucoup selon la formation des médiateurs et la durée du programme. Pour un regard nuancé, lisez notre article sur les avis et limites de la méthode Feuerstein.
Laquelle choisir selon votre métier ?
- Vous êtes enseignant ou formateur d’adultes et voulez aider vos élèves à comprendre comment ils apprennent, en classe, à partir de vos propres contenus : la gestion mentale est une entrée intéressante.
- Vous accompagnez des enfants ou des adultes avec des difficultés cognitives marquées (troubles des apprentissages, autisme, trisomie 21, lésions cérébrales, vieillissement), ou vous voulez un programme structuré avec un matériel progressif : le PEI est plus adapté.
- Vous êtes orthophoniste, psychomotricien, ergothérapeute ou éducateur spécialisé : les deux approches peuvent se compléter. Le PEI vous apporte un cadre de travail cognitif et des outils, la gestion mentale une finesse d’écoute de la démarche de l’apprenant.
Vous hésitez encore ? Posez-nous vos questions sur le contenu des formations via la page contacter le C.F.R.C.P, ou préinscrivez-vous pour le PEI Basic ou le PEI Standard 1.
Se former au PEI avec le C.F.R.C.P
Le C.F.R.C.P est dirigé par Chaya Ghebali, formatrice agréée de l’Institut Feuerstein (ICELP), et certifié Qualiopi. Les formations PEI Basic et PEI Standard 1 et 2 se suivent à distance : séances collectives en direct avec la formatrice, matériel envoyé chez vous, travaux pratiques supervisés et validation en fin de parcours. Les prochaines dates sont en cours de programmation.
Questions fréquentes
C’est quoi la gestion mentale ?
C’est une démarche pédagogique créée par Antoine de La Garanderie. Elle aide l’apprenant à prendre conscience de ce qu’il fait dans sa tête pour apprendre (ses évocations, ses gestes mentaux) afin d’enrichir ses façons de faire.
Quels sont les 5 gestes mentaux ?
L’attention, la mémorisation, la compréhension, la réflexion et l’imagination créatrice. Pour La Garanderie, chacun repose sur un projet de sens précis.
Qu’est-ce que la méthode de La Garanderie ?
C’est le nom souvent donné à la gestion mentale. La méthode repose sur le dialogue pédagogique : le praticien interroge l’apprenant sur ses procédures mentales, sans les juger, pour l’aider à les ajuster.
Quels exercices pour travailler sa gestion mentale ?
La gestion mentale propose peu d’exercices types. Le travail se fait sur des tâches réelles : avant d’apprendre une leçon, se donner le projet de la redire ou de la revoir ; après lecture, vérifier ce qu’on a évoqué ; reformuler une consigne avec ses mots. Un praticien formé guide ces essais.
Pour aller plus loin
La gestion mentale et la méthode Feuerstein se rejoignent sur un point : apprendre à apprendre. La première éclaire la démarche de l’apprenant par le dialogue, la seconde l’entraîne avec un programme et une médiation exigeante, utilisable avec des publics très variés. Si vous voulez un cadre structuré et des outils, découvrez le Programme d’Enrichissement Instrumental et préinscrivez-vous. Une question ? Le formulaire ci-dessous ou le 07 67 87 60 22 sont là pour ça.
Prendre Contact
Vos coordonnées servent uniquement au C.F.R.C.P pour répondre à votre demande et vous informer des sessions de formation. Elles ne sont ni vendues ni cédées. Vous pouvez demander leur modification ou leur suppression à info@cfrcformations.com. Politique de confidentialité. Ce formulaire est protégé par reCAPTCHA : les règles de confidentialité et les conditions d'utilisation de Google s'appliquent.