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L’inhibition cognitive est la capacité à bloquer une réponse automatique, une idée qui vient trop vite ou une distraction, pour laisser place à une réponse plus réfléchie. C’est elle qui permet à un élève de ne pas additionner dès qu’il lit le mot « plus » dans un problème, d’attendre son tour avant de parler ou de relire une consigne avant de se lancer. Elle se développe lentement pendant l’enfance et l’adolescence, et elle peut s’entraîner.

Cet article en donne une définition, des exemples tirés de la classe et des pistes pour la développer. Il fait partie de notre série sur les fonctions cognitives et la remédiation cognitive.

Inhibition cognitive : définition

Inhiber, c’est freiner. Dans le cerveau, cette fonction met en attente ce qui est dominant (une habitude, un réflexe, une perception trompeuse) pour que la personne puisse choisir une autre réponse. Elle fait partie, avec la mémoire de travail et la flexibilité cognitive, des trois fonctions exécutives de base décrites par Akira Miyake et Adele Diamond. Elle s’appuie largement sur le cortex préfrontal, l’une des régions du cerveau qui mûrissent le plus tard.

Inhibition cognitive, comportementale, émotionnelle

  • L’inhibition cognitive porte sur la pensée : écarter une stratégie tentante mais fausse, ignorer une information inutile, résister à une interférence (dans le test de Stroop, nommer la couleur de l’encre du mot « rouge » écrit en bleu).
  • L’inhibition comportementale porte sur les gestes et les actes : ne pas se lever, ne pas couper la parole, ne pas toucher le matériel avant la consigne. C’est elle que l’on désigne souvent sous le terme d’impulsivité quand elle fait défaut.
  • L’inhibition émotionnelle consiste à réguler une réaction émotionnelle forte, comme la colère face à un échec.

Dans la vie réelle, les trois sont liées : un enfant qui se précipite sur un exercice manque souvent d’inhibition sur les trois plans à la fois.

Les travaux d’Olivier Houdé

Le psychologue Olivier Houdé a placé l’inhibition au centre du développement de l’intelligence. Il reprend une tâche célèbre de Jean Piaget : deux rangées contenant le même nombre de jetons, l’une plus étalée que l’autre. Jusqu’à 7 ans environ, l’enfant affirme qu’il y en a plus « là où c’est plus long ». Pour Houdé, l’enfant ne manque pas forcément de logique : il doit surtout apprendre à résister à l’intuition perceptive qui associe longueur et nombre. Ses études en imagerie cérébrale montrent que ce passage d’une réponse intuitive à une réponse logique s’accompagne d’une activation accrue du cortex préfrontal. Dans un article de 2023 de la Revue suisse de pédagogie spécialisée, il plaide pour que l’inhibition soit entraînée à l’école. Il a résumé cette idée dans son livre Apprendre à résister (2014).

Adulte penchée vers une enfant pour l'aider à réfléchir à un exercice écrit

Exemples à l’école

  • Les problèmes « pièges » : « Louise a 25 billes. Elle en a 5 de plus que Léa. Combien Léa a-t-elle de billes ? » Le mot « plus » pousse à additionner (30), alors qu’il faut soustraire (20).
  • L’orthographe : accorder le verbe avec son vrai sujet dans « les chiens de la voisine aboient », sans se laisser attirer par le nom le plus proche.
  • La lecture : ne pas deviner un mot d’après sa première syllabe.
  • Les consignes : lire jusqu’au bout avant de répondre, au lieu de se fier aux premiers mots.
  • La vie de classe : lever la main et attendre, rester assis quand un camarade se lève.

Inhibition, impulsivité et TDAH

L’impulsivité, avec l’inattention et l’hyperactivité, fait partie des trois types de symptômes du trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) décrits par la Haute Autorité de santé dans ses recommandations. Des difficultés d’inhibition sont fréquentes chez ces enfants, sans être présentes chez tous. À l’inverse, un enfant impulsif n’a pas forcément de TDAH : l’âge, la fatigue, l’anxiété ou le manque d’habitude jouent aussi. Seul un bilan médical permet de conclure. Nous abordons l’accompagnement de l’enfant avec un TDAH dans un article consacré à la remédiation cognitive chez l’enfant.

Comment développer l’inhibition

Ralentir et anticiper

Le premier levier est de créer un temps d’arrêt entre la consigne et l’action. Quelques habitudes y aident : compter jusqu’à trois avant de répondre, lire la consigne deux fois, se demander « Qu’est-ce qu’on attend de moi ? », prévoir le résultat approximatif avant de calculer. Les jeux qui demandent de retenir un geste (Jacques a dit, 1, 2, 3 soleil, jeux de cartes où il faut attendre la bonne carte) sont de bons entraînements chez les plus jeunes.

Verbaliser sa stratégie

Mettre en mots ce qu’on va faire aide à contrôler l’impulsion. L’adulte peut montrer l’exemple en pensant à voix haute : « Attention, ici il y a un piège. Je relis. » Puis l’enfant le fait à son tour. Olivier Houdé insiste sur l’intérêt d’apprendre aux élèves à repérer les situations pièges et à se dire « attention, je risque de me tromper ». On travaille ainsi la métacognition, la capacité à réfléchir sur sa propre pensée.

La médiation selon Feuerstein

Reuven Feuerstein décrivait l’exploration impulsive et non planifiée comme l’une des fonctions cognitives fragiles qui peuvent gêner l’apprentissage dès le recueil de l’information. Pour lui, ces difficultés ne sont pas des traits figés : elles peuvent évoluer grâce à des expériences d’apprentissage médiatisé. Dans le Programme d’Enrichissement Instrumental, l’instrument Organisation de points demande par exemple de retrouver des figures dans un nuage de points : se précipiter mène à l’erreur, observer et planifier mène à la réussite. Le médiateur aide l’enfant à constater lui-même la différence, puis à transférer ce « prendre le temps de réfléchir » vers ses devoirs.

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Le C.F.R.C.P forme les parents et les professionnels de l’éducation et de la santé à la remédiation cognitive et à la méthode Feuerstein : PEI Basic pour les enfants dès 3 ans, PEI Standard à partir de 9 ans, pour les adolescents et les adultes. Les cours ont lieu en visioconférence, en direct avec Chaya Ghebali, formatrice agréée de l’Institut Feuerstein. Le matériel est envoyé chez vous et les travaux sont supervisés. L’organisme est certifié Qualiopi.

Questions fréquentes

Qu’est-ce qu’un trouble de l’inhibition ?

On parle de trouble de l’inhibition quand une personne a durablement du mal à freiner ses réponses automatiques, ses gestes ou ses émotions, au point que cela gêne sa scolarité, son travail ou sa vie sociale. Ce n’est pas un diagnostic en soi : ces difficultés peuvent accompagner un TDAH, d’autres troubles du neurodéveloppement ou une lésion cérébrale. Un bilan neuropsychologique aide à les décrire.

Qu’est-ce que l’inhibition mentale ?

L’expression désigne en général l’inhibition cognitive : la capacité à écarter une pensée, une stratégie ou une information qui s’impose, pour choisir une réponse plus adaptée.

Quels sont les exercices pour l’inhibition cognitive ?

Les jeux où il faut retenir un geste (Jacques a dit, 1, 2, 3 soleil), les problèmes à énoncé piège, les tâches où il faut ignorer une information visible (nommer la couleur de l’encre plutôt que lire le mot), les labyrinthes et les exercices qui récompensent l’observation avant l’action. Ils sont plus utiles quand l’adulte aide l’enfant à repérer le piège et à formuler sa stratégie.

Pour conclure

Un enfant qui répond trop vite n’est pas forcément un enfant qui ne sait pas. Souvent, il n’a pas encore appris à se méfier de sa première idée. Pour compléter, lisez nos articles sur l’attention sélective et sur les troubles de la concentration.

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