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La mémoire de travail est la capacité à garder une information en tête quelques secondes tout en l’utilisant : retenir une consigne le temps de l’exécuter, garder une retenue pendant un calcul, relier le début et la fin d’une phrase. Elle est limitée, elle se fatigue vite, et elle pèse lourd dans les apprentissages. Bonne nouvelle : on peut l’aider, surtout en apprenant à l’enfant à l’économiser.

Cet article s’adresse aux parents, aux enseignants et aux professionnels de l’accompagnement. Il fait partie de notre série sur les fonctions cognitives, en lien avec la remédiation cognitive, l’approche que nous enseignons en formation.

Qu’est-ce que la mémoire de travail ?

On la décrit souvent comme le « bloc-notes » du cerveau. L’Inserm la présente comme la mémoire du présent : elle maintient et manipule des informations pendant une tâche, par exemple un numéro de téléphone le temps de le noter (dossier Inserm sur la mémoire). Ces informations s’effacent vite, sauf si elles sont transférées vers la mémoire à long terme.

Elle fait aussi partie des trois fonctions exécutives de base, avec l’inhibition et la flexibilité, telles que les décrivent les travaux d’Akira Miyake (2000) puis d’Adele Diamond (2013). Pour situer ces notions, voyez notre article sur les fonctions cognitives.

Le modèle de Baddeley en mots simples

Le modèle le plus cité est celui d’Alan Baddeley et Graham Hitch (1974). Il comprend :

  • un administrateur central, qui dirige l’attention et coordonne le reste ;
  • une boucle phonologique, qui garde les sons et les mots grâce à une répétition mentale (on se « redit » le numéro) ;
  • un calepin visuospatial, qui garde les images et les positions (où était la case, quelle forme avait la figure) ;
  • un buffer épisodique, ajouté par Baddeley en 2000, qui relie ces informations entre elles et avec la mémoire à long terme.

Mémoire de travail et mémoire à court terme

Les deux termes sont souvent employés l’un pour l’autre, l’Inserm les rapproche d’ailleurs. Beaucoup de chercheurs font pourtant une nuance utile. La mémoire à court terme stocke : répéter une suite de chiffres dans l’ordre. La mémoire de travail stocke et transforme en même temps : répéter la même suite à l’envers, ou calculer 7 × 8 en gardant le résultat partiel en tête.

L’empan mnésique

L’empan mnésique est la quantité d’éléments qu’une personne peut retenir et restituer immédiatement. On le mesure par exemple avec des séries de chiffres de plus en plus longues. Le psychologue George Miller parlait en 1956 de « 7 plus ou moins 2 » éléments. Nelson Cowan a montré en 2001 que, sans possibilité de répétition ni de regroupement, la capacité réelle tourne plutôt autour de 4 éléments chez l’adulte. Chez l’enfant, l’empan augmente avec l’âge, ce qui explique qu’une consigne en trois étapes soit facile à 11 ans et difficile à 6 ans.

Pourquoi elle compte autant à l’école

Lecture, calcul mental, consignes

Presque chaque tâche scolaire la sollicite. En lecture, l’élève doit garder les premiers mots en tête pour comprendre la fin de la phrase. En calcul mental, il garde les résultats intermédiaires. En production d’écrit, il tient son idée pendant qu’il cherche l’orthographe d’un mot. Les difficultés en mathématiques sont souvent liées à cette charge : nous en parlons dans l’article sur la remédiation en mathématiques.

Les signes d’une mémoire de travail fragile en classe

Ces signes n’ont rien d’un diagnostic, mais ils doivent attirer l’attention quand ils se répètent :

  • l’élève commence une consigne puis s’arrête, parce qu’il a perdu la suite ;
  • il recopie lentement, mot par mot, voire lettre par lettre ;
  • il perd le fil d’un calcul en plusieurs étapes ;
  • il semble « rêveur » lors des explications longues ;
  • il réussit mieux quand on lui donne les étapes une par une.
Mains d'un enfant qui retournent des cartes d'un jeu de mémoire posé sur une table

Mémoire de travail, TDAH et troubles dys

Des difficultés de mémoire de travail sont fréquemment observées chez les enfants avec un trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) et chez certains enfants avec un trouble dys, notamment une dyslexie (fragilité de la boucle phonologique). Elles ne sont pourtant ni systématiques ni suffisantes pour poser un diagnostic. Seul un bilan réalisé par des professionnels de santé permet de comprendre l’origine des difficultés ; la Haute Autorité de santé détaille ce parcours pour le TDAH dans ses recommandations. Pour l’accompagnement de l’enfant, consultez aussi notre article sur la remédiation cognitive chez l’enfant.

Comment soutenir la mémoire de travail

Deux leviers se combinent : réduire la charge imposée à l’enfant, et lui apprendre des stratégies qu’il pourra utiliser seul. Les programmes d’entraînement informatisés font progresser sur les exercices entraînés, mais leur effet sur les apprentissages scolaires reste discuté dans les études. Les stratégies ont l’avantage de servir partout.

Alléger la charge (consignes, supports)

  • Donner une consigne à la fois, puis vérifier qu’elle est comprise en la faisant reformuler.
  • Laisser la consigne écrite sous les yeux, avec des pictogrammes pour les plus jeunes.
  • Proposer des aide-mémoire : tables, frise des nombres, liste des étapes d’une méthode.
  • Éviter de demander d’écouter et de recopier en même temps.

Enseigner des stratégies (répétition, regroupement, visualisation)

La répétition : se redire la consigne à voix basse. Le regroupement : retenir 06 12 45 en trois paquets plutôt qu’en six chiffres. La visualisation : se faire une image mentale de ce qu’on doit faire. L’enfant apprend aussi à prendre des notes rapides, à surligner l’essentiel, à découper une tâche en étapes. Les jeux de mémoire (cartes à retourner, « Dans ma valise il y a… ») sont un bon terrain d’entraînement s’ils s’accompagnent d’un échange sur la façon de retenir. Vous trouverez d’autres idées parmi nos exercices de remédiation cognitive.

La médiation : apprendre à apprendre

Dans l’approche de Reuven Feuerstein, l’adulte ne se contente pas de proposer un exercice. Il aide l’enfant à prendre conscience de ce qu’il fait : « Comment as-tu retenu ? Qu’est-ce qui t’a aidé ? Est-ce que ça marcherait pour ta poésie ? » Ce dialogue, appelé médiation, vise le transfert de la stratégie vers d’autres situations. C’est lui qui fait la différence entre un enfant qui a bien joué et un enfant qui a appris quelque chose sur sa façon d’apprendre.

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Se former pour accompagner les fonctions cognitives

Observer une difficulté, repérer la fonction en cause et choisir la bonne stratégie, cela s’apprend. Le C.F.R.C.P forme parents et professionnels à la remédiation cognitive et à la méthode Feuerstein. Le PEI Basic s’adresse aux enfants dès 3 ans, le PEI Standard aux plus de 9 ans, aux adolescents et aux adultes. Les cours ont lieu en visioconférence, en direct avec Chaya Ghebali, formatrice agréée de l’Institut Feuerstein, avec du matériel envoyé chez vous et des travaux supervisés. L’organisme est certifié Qualiopi.

Questions fréquentes

Quels sont les symptômes d’une mauvaise mémoire de travail ?

On parle plutôt de signes que de symptômes : oublier une consigne en cours de route, perdre le fil d’un calcul, avoir du mal à suivre une explication longue, recopier très lentement. Ces signes peuvent avoir d’autres causes (fatigue, anxiété, trouble de l’attention, difficulté de compréhension). En cas de doute durable, parlez-en au médecin de l’enfant.

Quels sont les 5 types de mémoire ?

L’Inserm décrit cinq systèmes qui fonctionnent ensemble : la mémoire de travail, la mémoire sémantique (les connaissances), la mémoire épisodique (les souvenirs vécus), la mémoire procédurale (les automatismes, comme faire du vélo) et la mémoire perceptive (les sons, les odeurs, les images).

Quelle est la limite de la mémoire de travail ?

Elle est limitée en quantité, environ 4 éléments selon les travaux de Nelson Cowan, un peu plus si l’on peut les répéter ou les regrouper. Elle est aussi limitée en durée : sans répétition, une information se perd en quelques secondes. C’est pour cela que regrouper, noter et répéter sont des stratégies si utiles.

En résumé

La mémoire de travail est petite, mais elle sert à tout. Plutôt que de chercher à l’agrandir à tout prix, on gagne à l’économiser et à apprendre à l’enfant à s’en servir. Pour aller plus loin avec un enfant qui oublie les consignes, lisez aussi nos articles sur l’attention sélective, la flexibilité cognitive et l’inhibition cognitive.

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